Conférence donnée le 19 novembre 2025 par Jean Paul Damaggio.
Genieys, 40 ans à la tête de l’usine Sainte Marguerite
Lors de la dernière causerie de l’Association de Sauvegarde du Patrimoine Castelsarrasinois, Jean Paul Damaggio a rendu hommage à Bernard Ouardes en développant sa première étude sur l’usine. Il y présentait le directeur Etienne Marius Genieys (1876-1962) pour la période concernant l’avant-guerre de 1914.
Genieys a eu la responsabilité de gérer l’usine au moment de la plus colossale grève que le Tarn-et-Garonne ait connu mais il est resté ensuite, en tant que salarié de la Compagnie Française des Métaux (CFM) jusqu’en 1945. La difficulté et l’intérêt tient à ce statut : en quoi s’est-il contenté d’être le bon petit soldat d’une énorme Compagnie qui tenait à tout contrôler, et en quoi a-t-il apporté ses propres qualités d’ingénieur ?
La causerie a permis de rappeler sa vie familiale. Né à Béziers en 1876, marié très jeune à Montpellier en 1896, père d’une fille, veuf dès 1913, remarié à Castelsarrasin en 1940, Marius Genieys y est décédé en 1962, on peut trouver sa tombe au cimetière de la ville.
Concernant la vie de l’usine il a eu à gérer, avec des contremaîtres très fidèles, une importante main d’œuvre étrangère. Par exemple, en 1923 une note du commissaire de police indique sur 600 ouvriers, 485 étaient étrangers (Espagnols, Russes, Grecs, Arméniens…). Dans une telle usine aux immenses dangers, les accidents du travail étaient monnaie courante et d’ailleurs la grève de 1914 a fait suite à un mort au travail. Un chapitre douloureux souvent négligé tout comme le rôle des femmes dans une telle activité.
Les documents en lien avec l’histoire industrielle sont rares, aussi la causerie n’a été possible qu’avec l’aide d’éléments apportés par Sylvie Vialatte, responsables des archives municipales, Jacky Pereto, Jean-Claude Roussel et Bernard Chauderon de l’ASPC et René Pautal, historien.
Génieys a bénéficié de la Légion d’Honneur justifiée, entre autres, pour son rôle en matière d’urbanisme de la ville. Dans les discussions avant et après la conférence, il est apparu avec évidence que l’usine a été un peu comme la colonne vertébrale de la ville, par les liens humains, par le syndicalisme, par l’équipe de foot, par l’urbanisme, et négliger cette histoire, c’est oublier l’essentiel, ce que Bernard Ouardes avait bien compris.
Après la CFM (1892-1962) il y a eu Tréfimétaux, résultat de la fusion en 1961 de la CFM et de la société des Tréfileries et laminoirs du Havre puis Cégédur etc.
L’étude peut continuer avec toujours la même interrogation : quel rôle joua l’usine de Castelsarrasin pourvoyeuse de matériaux stratégiques comme l’aluminium, le fer …dans le cadre crucial de l’histoire nationale. Pour le Front Populaire c’est simple, il ne s’est rien passé à l’usine. Pour la période de l’Occupation c’est plus important. Il reste encore une mémoire collective à rassembler

