Conférence de Philippe BON le 18 mars à 18h à la Médiathèque :
« Catherine-Dominique de Pérignon, le maréchal oublié »
Philippe Bon, Président de la Société des Membres de la Légion d’Honneur a retracé au cours d’une conférence érudite et passionnante le parcours singulier du moins connu des Maréchaux de France, entre histoire locale et nationale.
Catherine-Dominique Pérignon a vu le jour à Grenade en Haute-Garonne le 31 mai 1754 dans la maison de sa famille la villa Léopoldine construite fin 18ème. Il est le fils aîné de Jean-Bernard Pérignon né en 1727 prévôt de la Maréchaussée à Brignemont et de Marie Dirat née en 1728. Il est issu d’une famille aisée de notables qui détient des quartiers de noblesse récents établie à Grenade-sur-Garonne dans le Languedoc depuis le XVIe siècle dont une branche issue de Jean-Antoine Pérignon est anoblie par le capitoulat de la ville de Toulouse en 1706. Son père obscur prévôt de la Maréchaussée de Saint-Domingue qui disparaît de la vie familiale en 1775 n’est d’aucun appui pour son fils. Pérignon est le seul des Maréchaux contraint de jouer très tôt le rôle de chef de famille prudent et sage. Le jour de Noël 1818, il s’éteint à 64 ans dans son hôtel parisien du Marais
Sa carrière militaire débute sous l’Ancien Régime en 1775 par son engagement dans le régiment des grenadiers royaux de la Guyenne. Maréchal hors norme au parcours unique, stratège militaire, diplomate, homme politique, Pair de France, il passe du champ de bataille à la diplomatie. Homme à la personnalité complexe il fait montre en toutes circonstances d’un calme inaltérable qui fait son originalité, doté d’une grande sagesse. Général de la Révolution, il la traverse en évitant de prendre part aux épisodes sanglants de cette période troublée. Maréchal d’Empire, il le traverse en se démarquant des autres maréchaux avides de pouvoir, de puissance, de gloires et de richesses. Bien que maréchal d’Empire il a surtout servi la Monarchie. Cette attitude de sagesse est probablement liée à son âge. Pérignon né en 1754 soit 15 ans avant l’Empereur est le plus âgé des Maréchaux. Il a 35 ans au début de la Révolution et 50 ans lorsqu’il est nommé Maréchal en 1804. Il incarne une certaine transition entre la Révolution, l’Empire et la Restauration comme beaucoup d’autres maréchaux de Napoléon, tiraillé entre le choix de la fidélité à Napoléon et le pragmatisme politique sous la Restauration et confronté à un dilemme de loyauté après de la chute de Napoléon et son ralliement aux Bourbons.
Pérignon laisse l’image d’un grand organisateur méthodique et consciencieux qui s’attachera dans tous ses postes à organiser et à administrer. C’est d’ailleurs dans la partie administrative de sa carrière que Pérignon exprimera au mieux ces qualités. En lui confiant toujours plus des postes délicats, Napoléon et Louis XVIII ne s’y trompent pas. Paradoxalement, ce général victorieux n’a pas la fibre militaire. Il se bat par devoir pour le service de la patrie mais il n’y trouve aucun goût ni aucun plaisir. La grande erreur des historiens de l’Empire a été de voir chez Pérignon un maréchal de second ordre pas vraiment un vrai soldat comme ses pairs. L’erreur a été peut-être de le nommer Maréchal au milieu de cette glorieuse phalange de maréchaux qui ont fait l’épopée impériale qui l’ont éclipsé d’une certaine façon. Il faut ajouter à ce portrait l’image d’un homme profondément humain tout simplement attaché à sa terre natale de Montech et à sa famille qui l’ont toujours poussé à assurer la sécurité matérielle de ses enfants quelquefois au prix de certains arrangements.
En l’absence de souvenirs ou d’écrits, le personnage est resté méconnu de la postérité. Et pourtant, Pérignon passé dans l’oubli dans la mémoire nationale a laissé des traces durables à Montech et à Finhan dans la mémoire locale par la présence de ses propriétés et de ses descendants. Il était donc temps de le sortir de l’oubli.
