Conférence Jean Paul Damaggio le 18 février à 18h à la Médiathèque :
’’ L’ancienne école communale de Castelsarrasin 1905 à 1915’’
Dans le cadre des conférences mensuelles, le 18 février dernier, Jean Paul Damaggio, a brossé l’histoire de l’école communale Louis Sicre. À cette occasion il ne s’adressait pas uniquement à des amateurs de patrimoine ou à des passionnés d’histoire locale ; il évoquait aussi un lieu qui, pour certains dans l’auditoire, n’est pas seulement un bâtiment ou une archive, mais un morceau bien vivant de mémoire.
L’actuelle école communale Louis Sicre trouve ses origines dans l’ancien hospice de la commune, où elle fut installée à une date qui reste aujourd’hui inconnue. Son histoire s’inscrit dans le contexte agité du début du XXᵉ siècle, marqué par les tensions autour de l’enseignement religieux du fait des lois scolaires de la Troisième République.
La loi du 7 juillet 1904, qui supprime l’enseignement congréganiste en France entraîne, en 1905, la mise en vente du couvent des Sœurs de la Compassion. Le maire de l’époque, Armand Gimat, y voit une opportunité : il imagine filles. Pour contourner les obstacles, il propose au liquidateur un achat par la mairie, via un prête-nom. Mais le projet divise profondément le conseil municipal. Le prix fixé à 25 000 francs suscite de vives critiques. Plusieurs conseillers jugent la somme excessive et s’opposent à la transaction. Face à ces résistances, la municipalité renonce finalement à l’acquisition du couvent et se reporte sur l’achat de l’hospice.
Cette décision ne sera pas sans conséquences. Le désaccord provoque une fracture durable au sein du parti radical local. Lors des élections municipales suivantes, l’affrontement entre Gimat et ses opposants tourne à l’avantage de ces derniers, M. Jean Faustin Cayrou devient alors le nouveau maire. L’école des garçons demeure donc dans les murs de l’ancien hospice. Entre-temps, les autorités catholiques parviennent à racheter le reste du couvent, dont une partie avait été vendue comme matériaux de construction.
L’établissement conserve cinq classes accueillant des enfants de 6 à 12 ans. Le profil social des élèves reflète celui de la commune : 21 % sont issus de familles de cultivateurs, 20 % d’ouvriers de l’usine, les autres appartenant aux milieux de l’artisanat et du commerce. À l’issue de la scolarité primaire, les perspectives varient. Environ 30 % des élèves obtiennent le certificat d’études primaires, un résultat honorable pour l’époque. La moitié d’entre eux peut alors poursuivre ses études à l’École primaire supérieure (EPS), intégrée au collège, afin de préparer le brevet. Les filles disposent de leur propre EPS. Les autres élèves entrent rapidement dans la vie active, rejoignant la ferme familiale ou devenant apprentis. La vie de l’école témoigne également d’une certaine mobilité, 27 % des enfants quittant la localité.
À l’issue de la causerie, un échange avec l’auditoire, se nourrissant du vécu de certains, a permis de mettre en évidence l’évolution du système scolaire qui se lit enfin dans l’apparition des salles d’asile, puis des écoles maternelles, ainsi que dans la mise en place de structures d’accueil, y compris à l’usine pour les jeunes enfants des employés.
L’histoire de l’école Louis Sicre illustre ainsi, à l’échelle locale, les mutations éducatives, sociales et politiques de la France du début du XXᵉ siècle.